Contrat de recherche en CIFRE, doctorat de Carine Bonnot « La Modernité ordinaire, Maurice Novarina un architecte dans l’aventure des Trente Glorieuses » / Commissariat d’exposition « Maurice Novarina un architecte dans son siècle ». / 2007-2010

Commande : CAUE de Haute-Savoie / Avec : Laboratoire PACTE Territoires, Institut d’Urbanisme de Grenoble.

 

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. L’exposition « Maurice Novarina, un architecte dans son siècle »

Le CAUE de Haute-Savoie a présenté la première rétrospective sur l’architecte Maurice Novarina, à Thonon-les-Bains en 2007 ; puis en 2008 et 2009 dans plusieurs villes françaises concernées par l’oeuvre de l’architecte: Grenoble, Annecy, Lyon, Chambéry, Nantua, Seynod, Strasbourg, Evian-les-Bains, Passy, Samoëns, Villefranche-sur-Saône, Villeparisis, Besançon, Pont-Audemer, Evreux. Au cours de son itinérance, l’exposition s’est enrichie de nouveaux documents concernant des projets méconnus de l’architecte.

A l’occasion du centenaire de sa naissance, l’exposition «Maurice Novarina, un architecte dans son siècle» retrace l’histoire de sa carrière, riche et complexe, étendue et diversifiée. Maurice Novarina est connu notamment pour les églises d’Assy, de Vongy ou de Saint-Gervais, mais peu reconnu pour ses projets réalisés au-delà des frontières régionales. Des édifices religieux aux logements des grands ensembles, des équipements sportifs aux ouvrages d’art, la liste des réalisations de Maurice Novarina est longue et témoigne d’un ample réseau de commanditaires, d’entrepreneurs et d’artistes qualifiés avec qui il travaille régulièrement.

Homme discret et modeste, l’architecte n’avait jamais été présenté au grand public à travers la totalité de son œuvre. Porté par une conscience du savoir-faire et de la rigueur, son travail illustre non seulement l’histoire de l’architecture du XXeme siècle mais aussi celle de la pratique du métier d’architecte. Maurice Novarina n’est pas un théoricien, mais un constructeur brillant, un dessinateur, un technicien, un artiste aux intentions humanistes.

Voir le site de l’exposition :  ici

Voir les panneaux de l’exposition itinérante (petit format) : ici

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. L’architecte Maurice Novarina (1907-2002)

Né en 1907 à Thonon-les-Bains en Haute-Savoie, Maurice Novarina exerce en tant qu’architecte et urbaniste entre 1933 et 2000. Ancien élève de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux- arts et ingénieur de l’Ecole Supérieure des Travaux Publics, il débute sa carrière en 1933, avec la construction de la petite église de Vongy en Haute-Savoie. La commande religieuse constitue un fil rouge tout au long de sa vie, ce qui le conduira à travailler avec le Père Couturier, figure emblématique du renouvellement de l’art sacré après la seconde guerre mondiale en France, ainsi que de nombreux artistes modernes comme Fernand Léger, Georges Rouault, Jean Bazaine, Alfred Manessier, Pierre Sabatier…

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A partir de 1948, il travaille pour le MRU (Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme) et devient ainsi un acteur de la Reconstruction en France, notamment à Annecy, en Haute-Savoie et à Pont-Audemer, dans le département de l’Eure.

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Dans les années 1960, il est chargé de plusieurs opérations de ZUP, en tant qu’architecte en chef, à l’heure des doctrines urbaines modernes influencées par les CIAM (Congrès Internationaux d’Architecture Moderne). Les projets d’urbanisme concernent les villes d’Annecy, Besançon, Dôle, Argentan, Alençon, Saint-Quentin-en-Yvelines, Villefranche-sur-Saône, Grenoble, Lyon … Dans le même temps, les équipements culturels et sportifs se développent, Maurice Novarina conçoit d’importants bâtiments publics tels que la maison de la culture de Thonon-les-Bains ; les maisons des jeunes de Novel et Annemasse ; les plages et centre nautiques d’Evian-les- Bains, Thonon-les-Bains et Divonne-les-Bains ; le palais des sports de Megève. En 1965, la ville de Grenoble lui confie la réalisation des ensembles urbains du Village Olympique et du quartier Malherbe, ainsi que son hôtel de ville. En 1973, il remporte le concours du palais de Justice d’Annecy et en 1981, inaugure le centre culturel Bonlieu dans cette même ville. Il faut ajouter à ces réalisations des immeubles résidentiels, des maisons particulières, des hôtels, des hôpitaux, des bâtiments scolaires et universitaires ainsi que des commandes à l’étranger dont le centre de télévision à Riyadh en Arabie Saoudite.

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Les projets de l’architecte sont localisés pour le plus grand nombre dans l’Est de la France (Haute-Savoie, Savoie, Doubs, Jura, Isère) et en région parisienne, son agence s’étant développée d’abord à Thonon-les-Bains puis à par- tir des années 1960 à Paris. Tout au long de sa carrière, l’architecte a concilié ses travaux à l’échelle locale et nationale, menant en parallèle deux équipes de travail. Maurice Novarina a été également professeur à l’Ecole Spéciale d’Architecture jusqu’en 1968 et à l’Ecole des Beaux-arts de Paris de 1968 à 1976 au sein de l’atelier Marot. Il est également membre de l’Institut de France. Sa carrière s’arrête officiellement en 1995. Il décède en 2002, en Haute-Savoie, laissant derrière lui quelque 300 projets dont plus de 30 000 logements.

La continuité et la longévité de sa carrière étonne, car peu d’architectes de sa génération ont construit autant. Il se dégage de son travail un savoir-faire et une rigueur dans la mise en œuvre des bâtiments, constamment nourris de rencontres et de collaborations avec des personnalités intéressantes (artistes, ingénieurs, artisans…). Homme de terrain attaché à sa région natale, il développe un régionalisme sobre quant à l’emploi des matériaux comme la pierre et le bois, toujours liés et enrichis par l’utilisation du béton, matière moderne aux performances structurelles et formelles remarquables.

Toutes les images des projets de Maurice Novarina :  ici.

Blog sur les archives audiovisuelles sur les projets de Maurice Novarina : ici

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. L’ouvrage des éditions du CAUE de Haute-Savoie

La collection Portrait présente des femmes et des hommes dont les oeuvres architecturales, urbanistiques ou paysagères marquent le territoire des Savoie. Les Alpes du nord ont stimulé la créativité de nombreux concepteurs, certains accomplissant leur parcours professionnel sur place, d’autres venant confronter ponctuellement leur sensibilité à un contexte montagnard d’exception. Ces portraits proposent à parts égales textes et images. L’écriture et l’ico- nographie en sont confiées à des auteurs qui maîtrisent leur sujet et développent des approches bien distinctes. Ils sont un hommage, et une succession de cadrages qui aiguisent notre regard sur des lieux, expressions d’une époque, d’une société et d’une culture.

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Cet ouvrage présente les regards de deux jeunes auteurs qui livrent une analyse du travail de l’architecte à travers deux articles : L’architecte au pied du mur et La modernité ordinaire. Franck Delorme est architecte, historien de l’architecture, attaché de conservation au Centre d’archives de l’architecture du XXème siècle de l’Institut français d’architecture à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris. Carine Bonnot est architecte, diplômée de l’École d’architecture de Grenoble et a présenté en 2011 une thèse de doctorat sur l’oeuvre de Maurice Novarina à l’Institut d’urbanisme de Grenoble, en collaboration avec le CAUE de Haute-Savoie. L’Assemblée des Pays de Savoie, en soutenant la publication de cet ouvrage, veut mettre en lumière des personnalités d’exception qui ont façonné le territoire savoyard. Les archives de Maurice Novarina sont conservées aux Archives départementales de la Haute-Savoie et consultables par le grand public.

BONNOT Carine, DELORME Franck, Maurice Novarina architecte, Collection Portrait, Edition CAUE de Haute-Savoie, 2009, 100 pages.

Commander l’ouvrage ici 

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. La recherche sur Maurice Novarina : La Modernité ordinaire

Le projet de recherche présente un travail monographique sur l’architecte français Maurice Novarina, originaire de Haute-Savoie, qui a réalisé, tout au long du XXe siècle, d’importantes commandes publiques ; des églises – pour lesquelles il est le plus connu – et plus de 30 000 logements conçus lors des grandes opérations d’urbanisme des Trente Glorieuses. Son œuvre, répartie sur le territoire français et localisée majoritairement en Rhône-Alpes, en région parisienne et en Normandie, illustre l’évolution des commandes, des conceptions et des mises en œuvre architecturales et urbaines.

Résumé de la thèse – Maurice Novarina fait partie des architectes qui ont marqué le XXe siècle par une production importante en quantité, et remarquée, hier comme aujourd’hui en qualité. En effet, nombreuses de ses réalisations sont considérées comme patrimoine puisqu’elles concernent certains monuments historiques, des bâtiments « Label XXe », ou intégrés dans des chartes patrimoniales et paysagères. Ce travail cherche donc à repositionner l’architecte dans l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme du XXe siècle, à préciser le contexte politique, économique et social dans lequel sont nés les projets, et à questionner son œuvre en lumière des théories de la modernité.

L’oeuvre de Maurice Novarina reprend les caractéristiques architecturales et urbaines de la doctrine moderne : l’influence du compagnon de la modernité qu’est Auguste Perret est sensible dans les projets de reconstruction d’après-guerre, alors que celle de Le Corbusier et de la Charte d’Athènes irradie l’ensemble des projets d’urbanisme, plus particulièrement les ZUP. Ces modèles forts, les architectes les interprètent, les réduisent ou les améliorent. La production de Maurice Novarina, comme celle de nombreux de ses contemporains, concerne alors une architecture ordinaire, qui s’impose dans les réalisations du XXe siècle et se révèle omniprésente dans la presse architecturale de l’époque, alors qu’elle est finalement peu évoquée par l’Histoire. Ces architectures perdurent comme héritage du XXe siècle et résultent, non pas de la banalité, mais d’une forme d’application de la modernité corbuséenne, qui au-delà des grandes théories, a marqué les esprits et formaté notre regard contemporain.

Partant de l’hypothèse que les principes architecturaux et urbains de la modernité peuvent prendre des formes de l’ordinaire, nous verrons comment, chez Maurice Novarina, l’architecture relie les deux entités contraires (modernité / ordinaire) et que le processus complexe d’élaboration des projets, reposant sur des associations d’acteurs, des commanditaires récurrents et des équipes pluridisciplinaires, participent également à la richesse des œuvres.

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Crédits photographiques : les archives de Maurice Novarina sont conservées aux Archives départementales de Haute-Savoie à Annecy. Le fonds Novarina est référencé 156 J.